Risques de précarité en matière d’accès au logement et à la santé
Des réalités encore invisibles
Malgré un cadre légal parmi les plus avancés en Europe en matière de droits LGBTQIA+, des inégalités persistantes continuent d’affecter concrètement les conditions de vie de ces personnes. C’est le paradoxe que mettent en lumière les travaux menés, en 2024, à l’Université de Liège par Juliette Renard, docteure en sciences politiques et sociales, et Loïc Perrin, doctorant dans la même discipline, sous la direction du professeur Geoffrey Grandjean.
Documenter des réalités encore peu visibles
À travers une étude exploratoire menée à l’échelle de la Wallonie, les chercheurs ont souhaité mieux comprendre des phénomènes encore largement sous-documentés. Leur travail repose sur plus de 60 heures d’entretiens réalisés auprès de professionnel·les de terrain ainsi que de personnes concernées.
Parmi les constats majeurs figure l’existence d’un sans-abrisme souvent invisible, qui touche particulièrement les jeunes LGBTQIA+. À la suite de ruptures familiales, certain·es se retrouvent contraint·es de recourir à des solutions temporaires, comme le couchsurfing, consistant à être hébergé·e chez des proches ou des connaissances. Cette réalité, peu visible dans les statistiques classiques, est renforcée par le manque de structures d’accueil adaptées : en Wallonie, seuls deux refuges spécialisés existent actuellement, à Liège et à Charleroi.
Les chercheurs mettent également en évidence la persistance de discriminations dans l’accès au logement. Malgré l’existence d’un cadre légal protecteur, certaines personnes LGBTQIA+ continuent de faire face à des pratiques discriminatoires de la part de propriétaires ou d’acteurs du marché locatif.
Des soins de santé encore peu adaptés
Dans le domaine de la santé, l’étude souligne un double constat préoccupant : les personnes LGBTQIA+ présentent en moyenne un état de santé plus fragilisé, tout en se heurtant à une prise en charge souvent inadéquate.
Ces difficultés s’expliquent en partie par des systèmes de soins encore largement organisés autour de normes cisgenres et hétérosexuelles. Certaines situations administratives ou médicales peuvent ainsi entraîner des effets paradoxaux. À titre d’exemple, une personne ayant entamé une transition administrative avant une transition médicale peut perdre l’accès au remboursement de certains soins, mettant en lumière des incohérences structurelles dans le système.
Combler l’écart entre droits formels et réalités vécues
Au-delà de ces constats, les travaux de Juliette Renard et Loïc Perrin interrogent plus largement le décalage entre l’existence de droits formels et leur effectivité dans la vie quotidienne. L’évolution du cadre législatif, bien qu’indispensable, ne suffit pas à éliminer les discriminations ni à prévenir les mécanismes de précarisation.
Leur recherche contribue ainsi à une meilleure compréhension de ces dynamiques encore peu visibles et ouvre des pistes d’action concrètes. Parmi les recommandations formulées figurent notamment un meilleur encadrement des loyers, un renforcement des collaborations entre structures d’hébergement d’urgence et associations LGBTQIA+, ainsi qu’une formation accrue des professionnel·les de santé aux enjeux spécifiques de ces publics.
À propos des chercheur·euses
Juliette Renard est docteure en sciences politiques et sociales et occupe aujourd’hui une fonction d’attachée à la direction administrative en charge de la recherche au sein de la Faculté de Droit, de Science politique et de Criminologie de l’Université de Liège.
Loïc Perrin est doctorant en sciences politiques et sociales, aspirant FNRS. Ses travaux portent notamment sur les politiques culturelles en Belgique et sur les liens entre art, territoires et dynamiques urbaines.
Geoffrey Grandjean est professeur à la Faculté de Droit, de Science politique et de Criminologie de l’Université de Liège et chercheur associé à l’École de droit de Sciences Po Paris. Ses recherches portent principalement sur l’histoire politique et les institutions belges et européennes.
