Séminaire

Qu’est-ce qu’un travailleur aujourd’hui ?


Une dizaine d'orateurs issus de plusieurs universités européennes ont présenté des pistes de réflexion autour de cette vaste question, ce jeudi 21 mars dans le cadre d'un séminaire à l'occasion du centenaire de l'Organisation internationale du Travail.

Cet événement était organisé par les Professeurs et membres de Cité Fabienne Kéfer et Marco Rocca. Il s'est déroulé en deux temps :

Le statut du travailleur dans un monde en changement

Lors de cette seconde partie du séminaire, la question centrale du statut juridique des travailleurs a été soulevée par l'ensemble des orateurs.

À l'heure de l'économie de plateforme, de l'autonomie croissante des travailleurs, de la décentralisation et de la « détemporalisation » du travail ou encore de l'arrivée prochaine dans les entreprises de l'intelligence artificielle, peut-on encore opérer une distinction entre les statuts d'employé et d'indépendant sur la seule base de l'existence ou non d'un lien de subordination ?

Comme l'a rappelé Luca Ratti, de l'Université de Luxembourg, cette classification découle de la distinction historique entre travailleurs manuels (blue collars) et travailleurs intellectuels (white collar). Une dichotomie originelle qu'il conviendrait peut-être aujourd'hui de repenser. « Do we need then to look for a fresh, innovative great dichotomy? » a-t-il ainsi demandé à l'assemblée en fin d'exposé.

Lisa Rodgers, de l'Université de Leicester, a peut-être apporté une piste de réponse en invitant à re-définir la notion même d'autonomie : « This binary divide (between employees and self-employed ndlr.) does not reflect the reality of labour law, and is also self-defeating (the end of labour law is self-employment which is outside the bounds of labour law)(...) replacing the notion of personal autonomy with a more relational approach will cause a reassessment of the binary divide and the beneficiaries of labour law as a whole. »

Conserver les acquis sociaux

Autre question essentielle : comment faire en sorte que ces évolutions du travail ne mettent pas en péril les acquis sociaux ? La sécurité sociale, par exemple, ne devrait-elle pas s'appliquer à chaque individu actif, quel que soit son statut ? « Une réflexion s'impose donc sur les protections minimales à garantir aux personnes qui se déplacent sur ce marchédu travail mondial, à celles qui, au-delà des étiquettes ou des définitions, sont des sujets actifs qui ont besoin de sécurité d'une transition à l'autre », a ainsi souligné Chiara Garbuio de l'Université Ca'Foscari de Venise.

À ce titre, l'arrivée sur le marché du travail de l'intelligence artificielle, suscite énormément de questions, voire même de craintes. Cependant, comme l'a souligné Ljupcho Grozdanovski, chercheur post-doc à l'ULiège, cette émergence d'une concurrence « robotique » peut avoir également des impacts positifs en stimulant les travailleurs humains à diversifier leurs compétences en vue de répondre aux nouveaux besoins du marché du travail. Le tableau n'est donc pas forcément noir, même si cette évolution appelle selon lui à une véritable réflexion sur le plan axiologique du droit du travail. « Quelle sera la meilleure voie à prendre sur les plans idéologique, politique et législatif en vue de répondre aux nouveaux besoins de protection des travailleurs à l'ère d'automatisation ? Comme il est habituel en matière d'IA, il s'agit là d'une interrogation dont la réponse définitive semble impossible à l'heure actuelle... », a-t-il conclu.

Plus qu'une question technique

On le voit, loin d'être une simple question de nomenclature, cette problématique de l'évolution du droit du travail pose de véritables interrogations philosophiques sur le type de société que nous voulons voir émerger demain.

Nul doute qu'elle alimentera encore longtemps les recherches et les réflexions au sein de notre Unité de Recherche !

Pour aller plus loin...

Retrouvez les contributions des différents orateurs de cette journée :

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