Interview

Marie-Sophie Silan décroche une bourse FNRS pour ses recherches sur la condition juridique de la femme à l’époque moderne


Marie-Sophie Silan, assistante au service de droit romain et de droit privé comparé, a décroché cet été une bourse FNRS pour développer sa thèse sur la condition juridique de la femme dans la principauté de Liège à l'époque moderne (1477-1795).

 

Peux-tu nous en dire plus sur ton projet de recherche ?

Selon John Gilissen*, l’époque moderne se caractérise par un recul significatif des droits et libertés individuels octroyés aux femmes en raison de la réinstauration du droit romain dans plusieurs régions d’Europe – en particulier dans le Saint-Empire romain germanique et en Italie, un peu moins en France – à partir du 15èmesiècle.

Cette affirmation, partagée par un plus large public mais rarement étayée, est plutôt surprenante pour les férus de droit romain : en effet, l’histoire de la Rome antique est celle d’une émancipation économique et juridique progressive des femmes, depuis la période archaïque jusqu’à la montée au pouvoir du premier empereur chrétien au 4ème siècle après Jésus-Christ.

Au travers de ce projet de recherche, je vais analyser de façon exhaustive la condition juridique de la femme dans la Principauté de Liège au cours de la période allant de 1477 à 1795 afin d’étudier de quelle manière le droit romain y a été réceptionné et de comprendre pourquoi ce dernier, symbole d’émancipation dans son contexte d’origine, est devenu à l’époque moderne un instrument de la subordination et de l’oppression des femmes.

*Éminent professeur d’histoire du droit à l’Université libre de Bruxelles (1912-1988)

 

Comment en es-tu venue à t’intéresser à ce sujet ?

Le professeur Jean-François Gerkens, qui dirige le service de droit romain et de droit privé comparé au sein duquel je travaille, a suivi le projet de thèse de Benoît Lagasse, également sous mandat d’aspirant FNRS. Celui-ci était consacré à Charles de Méan, un célèbre juriste de la Principauté de Liège au XVIIème siècle.

En lisant cette thèse, un paragraphe dédié aux droits de la femme a retenu toute mon attention. C’est un sujet qui m’intéresse et il me semblait qu’il y avait là une question de recherche qui pouvait être approfondie.

 

Que peut nous apprendre ce sujet sur la société d’aujourd’hui ?

 L’époque moderne est une période passionnante : c’est un moment charnière, une période de transition qui me rappelle à plusieurs égards l’époque actuelle.

La Renaissance a été une période difficile pour les femmes : les chasses aux sorcières, dont on reparle aujourd’hui, en sont une bonne illustration. Ces meutres en masse de femmes témoignent de la manière dont les femmes ont été exclues de l’espace public.

Je vois cela comme une sorte de « backlash » à l’égard des femmes qui avaient conquis des droits et étaient parvenues à s’aménager de véritables espaces de liberté, notamment culturels et intellectuels. Elles ont été renvoyées à leurs pénates pour une longue période. Cette histoire fait écho à la période post-me too que nous vivons aujourd’hui.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour tes recherches ?

En bonne juriste, je vais commencer par rassembler et éplucher un maximum de textes juridiques de l’époque, afin de dresser un panorama de la condition juridique de la femme à l’époque. Je prévois également de consulter des dossiers judiciaires pour voir comment le droit était appliqué en pratique à l’égard des femmes.

 

Son parcours

 Marie-Sophie est titulaire d’un master en droit de l’Université de Liège et d’un master complémentaire en droit européen de l’Université de Maastricht. Au cours de ses études, elle a également passé un quadrimestre à l’Université d’Hamburg avec le programme Erasmus.

Actuellement assistante au service de Droit romain et de Droit privé comparé du professeur Jean-François Gerkens, elle deviendra Aspirante FNRS à partir du 1er octobre 2020. 

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