Alyson Berrendorf décroche une bourse FNRS pour ses recherches sur l’avènement de l’IA dans le domaine de l’armement


Alyson Berrendorf, doctorante au service de droit pénal et procédure pénale, a décroché cet été un mandat d’aspirant FNRS qui lui permettra de poursuivre le développement de sa thèse sur l’encadrement juridique de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’armement et, en particulier, des armes autonomes.

 

Peux-tu nous en dire plus sur ton projet de recherche ?

 

La progression des technologies autonomes est un fait que même les plus conservateurs à l’égard de l’innovation ne peuvent contester. Actuellement, l’avènement de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’armement, mis en exergue par l’émergence des armes autonomes, est aujourd’hui décrit par différents experts, comme Christof Heyns*, comme la troisième plus grande révolution des techniques de guerre, après la poudre à canon et les armes nucléaires. C’est un phénomène à la fois captivant et inquiétant.

 

Cette innovation fait évidemment l’objet de toutes les convoitises de la part des grandes puissances militaires de notre époque qui y voient une opportunité d’atteindre une supériorité militaire et un enjeu économique. Elle soulève également de nombreuses questions d’ordre juridique et éthique.

 

Or, à l’heure actuelle, le droit positif ne semble pas bien outillé pour appréhender ce nouveau type d’armement. Cette thèse a donc pour ambition d’étudier les enjeux que soulève l’autonomisation totale des armes sous l’angle analytique des cadres juridiques existants. Par ailleurs, elle se veut prospective, dans la mesure où elle se propose d’aborder des pistes de régulation législative des armes autonomes.

 

*Christof Heyns – Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires de 2010 à 2016.

 

Comment en es-tu venue à t’intéresser à ce sujet ?

 

Au terme de mon master de droit, j’ai eu l’opportunité de participer au concours de droit international humanitaire Jean-Pictet avec deux autres collègues de la Faculté. Parmi les questions posées au moment de la sélection par le Comité Organisateur du Concours, il y en avait une qui portait sur les armes autonomes.

 

Dès le départ, je me suis passionnée pour cette question inédite et j’ai développé un intérêt particulier pour cette problématique.

 

Que peut nous apprendre ce sujet sur la société d’aujourd’hui ?

 

Il s’agit d’un sujet brûlant d’actualité qui déchaîne les passions. D’un côté, il y a un certain nombre d’avantages notamment du point de vue économique mais aussi du point de vue de la sécurité des soldats sur le terrain. De l’autre, il y a également de grands défis éthiques, politiques, techniques et juridiques.

 

Je remarque d’ailleurs que ce sujet est souvent traité de façon dramatique par les médias ou diverses organisations qui parlent de « killer robots », terme qui évoque directement le scénario catastrophe d’un blockbuster. La réalité est bien plus nuancée.

 

En tout cas, on se trouve comme souvent avec la technologie, face à une véritable course contre la montre car le cadre légal doit être mis en place avant que ces systèmes ne soient installés sur le terrain. Plusieurs États et organisations internationales appellent d’ailleurs à une interdiction préventive de l’usage de ces armes, tandis que d’autres souhaitent adopter une posture d’attente jusqu’à un cadre juridique cadenassé.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour tes recherches ?

 

J’ai commencé ma thèse il y a plusieurs mois. Je me suis attelée à une analyse technique et opérationnelle de ces systèmes – étape indispensable afin de tirer des conclusions juridiques concrètes et ancrées dans la réalité. J’essaie de comprendre en quoi ces armes diffèrent de leurs prédécesseurs. La prochaine étape sera d’analyser les conséquences juridiques, tant au niveau de la légalité que de la responsabilité pénale, sur base de l’analyse technique réalisée en amont.

 

Son parcours

 

Alyson est titulaire d’un master en droit de l’Université de Liège, avec une finalité spécialisée en droit pénal. Au terme de ses études, elle a décroché un poste d’assistante au sein du département de droit pénal et de procédure pénale. En janvier 2019, elle est devenue doctorante à temps plein au sein du même service en obtenant une bourse en Sciences humaines de l’ULiège. Elle deviendra Aspirante FNRS à partir du 1eroctobre 2020.

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