Interview

Financement FNRS : Léna Geron explore la notion de confiance en droit public belge


Grâce à un PDR du FNRS, Léna Geron contribuera sous la supervision du Professeur Frédéric Bouhon à un projet mené conjointement par les Centres de droit public de l’UCLouvain, de l’ULiège et de l’Université Saint-Louis.

Peux-tu nous en dire plus sur ton projet de recherche ?

Ma recherche se concentre sur l’analyse de la confiance des citoyens envers les institutions belges ainsi que sur les contours juridiques actuels du mandat parlementaire. Il s’agit de faire émerger une définition du concept de confiance en droit constitutionnel belge, inexistante à l’heure actuelle. Plus précisément, je vais analyser la manière dont ce concept est mobilisé pour redévelopper la confiance des gouvernés envers les institutions et spécialement le Parlement.

Qu’est-ce qui t’a poussée à t’intéresser à ce sujet ?

Au cours de mes études, j’ai toujours eu une affinité particulière pour la matière du droit public. Je m’intéresse aussi à l’actualité politique.

Par ailleurs, depuis deux ans, mes recherches au sein du Centre de droit public ont principalement porté sur le droit électoral et parlementaire. La lecture de plusieurs ouvrages, qui traitent précisément de la question du renouement d’un lien de confiance entre gouvernés et gouvernants, a éveillé encore un peu plus ma curiosité pour ce sujet.

Enfin, la perspective de traiter d’une question de société et de tenter de déconstruire, avec un regard de juriste, certains a priori envers la classe politique (comme le fameux « tous pourris »), m’ont vraiment motivée à me lancer dans cette recherche.

Que peuvent nous apprendre ces recherches sur la société d’aujourd’hui ?

Cette thématique de la confiance envers les élus occupe une place centrale dans le champ du droit public belge et c’est aussi une vraie question de société ! Le désenchantement des citoyens (les « gouvernés ») face aux politiques (« les gouvernants ») est en effet souvent mis en évidence dans des travaux récents. Il remet fondamentalement en question les modes classiques de gouvernance. Le citoyen peut avoir le sentiment de ne plus être représenté.

Ces dernières années, différents scandales mettant en cause des élus et largement relayés par les médias ont participé à cette rupture de la confiance. Les crises politiques qui émaillent les affaires publiques, à tous les niveaux de pouvoir, nourrissent également la « méfiance envers le politique ». Enfin, la crise sanitaire que nous connaissons ouvre de nouvelles pistes de réflexion. La nébulosité et la masse des normes adoptées durant celle-ci, associées à un contenu régulièrement contesté sur le plan des libertés et droits fondamentaux, ont remis à l’ordre du jour le débat sur la légitimité démocratique des décisions et questionné le rôle du Parlement.

Quelles sont les prochaines étapes pour tes recherches ?

J’en suis encore au tout début de ma recherche. Je vais donc commencer par me documenter au mieux sur le sujet en me plongeant dans les ouvrages des auteurs spécialistes qui sont avant tout des politologues, sociologues ou historiens. Je pense notamment à Bernard Manin et Pierre Rosanvallon.

Je souhaiterais ensuite ouvrir le volet historique de la recherche. Je prévois de remonter aux origines du parlementarisme avant de m’attarder sur la montée en puissance du Parlement anglais aux XVIe et XVIIe siècles. Cette période marque en effet la consolidation de l’intermédiation politique où l’élection est perçue comme un moyen efficace de s’assurer de la confiance des citoyens envers leurs élus.

Ceci me donnera l’impulsion nécessaire pour m’intéresser à la crise de la représentativité que nous connaissons aujourd’hui.

À côté de cet aspect plus « théorique » de la recherche, des colloques vont également être organisés et donneront l’occasion de prendre le pouls de la société civile et du monde politique par rapport à nos travaux.

Son parcours

Léna est titulaire d’un master en droit public et administratif de l’Université de Liège. Depuis septembre 2019, elle travaille au sein du Centre de droit public en tant qu’assistante des Professeurs Christian Behrendt et Frédéric Bouhon, notamment sur des projets en matière de droit parlementaire et électoral. En parallèle de cette activité, elle a également exercé  la fonction d’avocate au barreau de Liège. Depuis le 1er juillet 2021, elle a interrompu ces activités pour se consacrer uniquement à sa recherche doctorale sous la supervision du Professeur Frédéric Bouhon.

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